Pendant longtemps, les instituts d’études politiques (IEP) ont été perçus comme réservés à une élite sociale, issue des grands lycées de centre-ville. Depuis le début des années 2000, plusieurs programmes ont cherché à corriger ce déséquilibre en ouvrant leurs portes aux élèves des lycées classés en éducation prioritaire. À Paris comme à Lille, ces dispositifs ont changé la trajectoire de nombreux jeunes.
Les Conventions Éducation Prioritaire de Sciences Po
En 2001, sous l’impulsion de son directeur Richard Descoings, Sciences Po Paris lance les Conventions Éducation Prioritaire (CEP). Le principe : signer des partenariats avec des lycées situés en zone d’éducation prioritaire et ouvrir à leurs élèves une procédure d’admission spécifique, sans le concours écrit classique.
La première promotion ne comptait qu’une quinzaine d’étudiants. Le dispositif a ensuite été étendu à des dizaines de lycées partenaires, en Île-de-France mais aussi en région et dans les outre-mer. Il a d’abord suscité de vifs débats sur l’égalité devant le concours, avant de s’imposer comme une référence en matière d’égalité des chances dans l’enseignement supérieur.
Comment fonctionne la procédure ?
- Des ateliers au lycée : les élèves volontaires suivent, souvent dès la première, un atelier de préparation encadré par leurs enseignants (culture générale, revue de presse, argumentation).
- Un dossier et une épreuve d’admissibilité au sein du lycée, autour d’un travail personnel sur un sujet d’actualité.
- Un oral d’admission devant un jury de l’IEP.
Depuis la réforme des admissions à Sciences Po, le dispositif a été intégré à la procédure générale via Parcoursup, mais l’esprit reste le même : repérer le potentiel des élèves au-delà de leur capital social et culturel.
Sciences Po Lille et le Programme d’études intégrées
Dans le Nord, Sciences Po Lille a développé son propre dispositif, le Programme d’études intégrées (PEI), en partenariat avec d’autres IEP. Il propose un accompagnement sur plusieurs années à des lycéens boursiers ou issus de territoires défavorisés : tutorat par des étudiants, stages de préparation, aide méthodologique, préparation aux concours d’entrée.
Dans une région marquée par le chômage de masse après la fin des mines et du textile, ces programmes ont une portée particulière : ils montrent aux jeunes que les grandes écoles ne sont pas réservées aux autres.
Quels résultats ?
Les études menées sur ces dispositifs montrent que les étudiants admis par ces voies réussissent globalement aussi bien que leurs camarades, et accèdent ensuite à des emplois qualifiés dans le public comme dans le privé. L’effet va aussi au-delà des seuls admis : dans les lycées partenaires, les ateliers de préparation tirent vers le haut l’ambition de toute une classe.
Ces programmes ont inspiré de nombreuses grandes écoles (écoles de commerce, écoles d’ingénieurs), qui ont lancé à leur tour des « cordées de la réussite » et des tutorats avec des collèges et lycées de quartiers populaires.
Conseils aux lycéens intéressés
- Renseignez-vous dès la seconde auprès de votre professeur principal ou de votre CPE : votre lycée est peut-être partenaire d’un IEP ou d’une cordée de la réussite.
- Lisez la presse régulièrement : la culture de l’actualité est au cœur des épreuves.
- Participez aux journées portes ouvertes des IEP, à Paris, Lille ou dans votre région.
- N’oubliez pas les bourses : les frais d’inscription des IEP sont modulés selon les revenus et les étudiants boursiers en sont généralement exonérés.
Ouvrir les portes des grandes écoles ne règle pas à lui seul la question des inégalités scolaires. Mais ces programmes ont prouvé qu’avec un accompagnement adapté, le talent se trouve partout, y compris là où on ne va pas toujours le chercher.